Canada, « délinquant du carbone »
Le Canada est depuis 1999 le plus grand fournisseur de pétrole des États-Unis et ses réserves le placent deuxième à l’échelle mondiale après l’Arabie saoudite. Fier de ce statut, le gouvernement canadien annonce sur le site Internet du ministère des Affaires étrangères des réserves prouvées de 179 milliards de barils de pétrole dont plus de 95 % proviennent des sables bitumineux[1].
Selon Greenpeace, la production de pétrole issu des sables bitumineux d’Alberta constitue « le plus grand projet d’énergie du monde et la plus grande source de GES [gaz à effet de serre] pour le Canada »[2]. Le gouvernement canadien ose parler de « développement durable des sables bitumineux »[3] malgré tout ! Lorsqu’il est question de l’impact dévastateur sur l’environnement de la production canadienne de pétrole, le gouvernement de Stephen Harper s’empresse souvent de rappeler que les émissions de GES par baril de pétrole issu des sables bitumineux ont diminué de 32 % depuis 1990. Il n’est toutefois mentionné nulle part que depuis 1990, la production annuelle totale de sable bitumineux a, quant à elle, augmenté de 95 %[4]. Selon le Devoir, les GES attribuables aux industries minières, gazières et pétrolières, de 1990 à 2007, ont augmenté de 56,7 %. Cette hausse serait principalement liée à l’augmentation de la production de sable bitumineux de l’Alberta[5].
Du 7 au 18 décembre aura lieu le Sommet sur les changements climatiques de Copenhague. Le 24 novembre dernier, une motion du Bloc québécois a été adoptée à la Chambre des communes (137 voix contre 124) « qui enjoint au gouvernement de se présenter avec un « plan ambitieux » à la conférence de Copenhague. » Un tel plan viserait entre autres « La diminution de 25 % en cible absolue des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés par rapport à 1990 d’ici 2020 »[6]. Stephen Harper, quant à lui, hésitait encore en début de semaine à participer lui-même à la rencontre, comptant déléguer le Ministre de l’Environnement Jim Prentice. Avec la confirmation de la participation des chefs d’État de la Chine et des États-Unis, Stephen Harper a plié sous la pression politique et annoncé sa participation à au sommet de Copenhague. Il y fera la promotion d’une position fort éloignée de la volonté exprimée par la majorité des élus de la chambre des communes. En effet, la position promue par le gouvernement conservateur propose une réduction de 20 % des GES et ce par rapport au niveau de 2006[7]. Ainsi, fidèle à lui-même, le gouvernement de Stephen Harper fait fi de son statut minoritaire en défendant une position conservatrice allant à l’encontre de la volonté de la Chambre des communes. Triste attitude dorénavant devenue une habitude.
Voici un petit graphique illustrant les GES du Canada de 1990 à 2006
« La baisse générale des émissions depuis 2003 s’explique essentiellement par un changement de la composition des ressources utilisées pour produire de l’électricité (baisse de la production d’électricité des centrales à charbon et hausse de celle des centrales hydroélectriques et nucléaires), par la baisse des émissions provenant de la production de combustibles fossiles (due au remplacement de combustibles et à un plus faible volume de pétrole raffiné) et par une demande réduite d’huiles de chauffage en raison des hivers moins froids de 2004, 2005 et 2006.» [8]
[1] Affaires étrangères et Commerce international Canada
[2] Greenpeace
[3] Affaires étrangères et Commerce international Canada
[4] Office de l’efficacité énergétique du Canada
[5] Le Devoir
[6] Bloc québécois
[7] Radio-Canada
Pic Pétrolier et dépendance au pétrole
L’humanité, à quelques rares exceptions, dépend aujourd’hui des énergies fossiles pour sa survie. Alimentation, habitation, transport, climatisation et chauffage, tous des domaines où le recours aux ressources naturelles a été largement remplacé au fil du temps par l’utilisation de produits manufacturés nécessitant un apport, plus ou moins grand selon les cas, d’énergies fossiles et plus particulièrement de pétrole. Je vous lance un petit défi. Regardez autour de vous. Prenez le premier objet à votre porté et demandez vous comment il a été produit et transporté jusqu’à vous ? En prenant en compte l’ensemble de la chaîne de production, de l’extraction à la consommation, pouvez-vous trouver dans votre environnement un seul produit qui n’ait pas nécessité l’utilisation d’énergies fossiles ?Avec ce petit exercice en tête, imaginez maintenant l’impact sur votre quotidien de la fin de l’ère du pétrole à bas prix. Car nous approchons de la fin de l’ère du pétrole à bas prix et ce que nous le voulions ou non.
Suite à une analyse des données concernant les différents champs pétrolifères à l’échelle mondiale, il a été démontré la production de pétrole est près d’avoir

atteint son apogée. Certains, comme Ali Samsam Bakhtiari, ancien dirigeant de la compagnie pétrolière nationale d’Iran, considère même que ce sommet à déjà été atteint[1]. À partir du pic pétrolier, la production ira en descendant et ce peu importe les ressources financières ou techniques injectées dans le système.
L’économie mondiale actuelle est basée sur un apport constant et peu coûteux de pétrole. Une fois le pic pétrolier atteint, il y aura non seulement diminution de la production du pétrole, mais cette production coûtera aussi beaucoup plus cher car ce sont les puits les moins intéressants d’un point de vue financier (moins accessibles, plus petits) qui seront alors forés. Cette situation aura inévitablement un effet d’entraînement à la hausse sur le prix du baril de pétrole et conséquemment sur le prix à la pompe.
Comme le démontre le tableau suivant, une grande partie des pays producteurs de pétrole ont déjà atteint leur propre pic pétrolier. La référence au Canada exclut ici la production de pétrole issu des sables bitumineux.
[1] Gulf Times, « Global oil output at a peak, ‘set to fall’»

